Semaines 5 & 6 du confinement : les enfants de soignants sont-ils des spams ?

Le dé-confinement arrive à grands pas dans le plus grand boxon qui puisse exister … C’est presque drôle à regarder …
Le confinement, lui, n’a pas fait émerger de grands intellectuels, chacun y va de son petit avis : juge & bourreau … Spécialité française !

Les infirmières libérales devenues kinés, pédicures, secrétaires médicales perso, auxiliaires de vie, coiffeurs, livreurs, laborantines, … Vont pouvoir revenir à leur seule pratique : les soins infirmiers.

Donc, on nous a attribué des métiers non rémunérés pour « la bonne cause ».
Nous avons hoché la tête, et souri jaune sous nos masques.

Merci !

Pour nous remercier, on a rien eu.
Ça, on a bien compris …

Pire, les attitudes de nos patients se sont exacerbées d’exigences en tous genres au fil des semaines, agressivité et égocentrisme … Un grand nombre d’absurdités que l’on a dû « écouter » … Au point de trouver tout cela affligeant. Car, puisqu’il n’y avait personne, nous devions tout prendre en charge, un point c’est tout, un dû. « Bah oui, comment voulez vous que je fasse ? » a été la question number one du confinement de nos patients.

Donc évidemment nous étions là, et les autres non. D’ailleurs, il a bien été question de cela : la femme de ménage ne peut plus venir – il faudrait lancer la machine ; la coiffeuse ne peut pas venir – je ne sais plus quoi faire de mes cheveux – peut-être pourriez vous me mettre les bigoudis et les couper ; regardez mes pieds ! – il faut que vous me coupiez les ongles avec la tenaille qui est ici ; j’ai trop mal au dos, regardez, le Flector est ici, passez-le moi …

Comment dire ? Est ce que quelqu’un s’est demandé pour quelle raison nous étions là, dans quelles conditions, qui garde nos enfants, que pensons nous de tout cela ? Non, rien, c’est normal, tout comme la caissière à son poste et la boulangère qui fait son pain. Cela ne pose pas de problème, « Nous sommes en guerre ! », alors celui qui est là doit tout prendre : de la sur-plainte à la tristesse en passant par LES « PETITS » SERVICES, sans remerciements évidemment car je vous le dis, si vous en doutez encore : ce n’est jamais suffisant !!!
*Oui, nous aurions quand même pu aller récupérer les résultats de bilan au laboratoire, la Poste ne fonctionne pas bien …

Puis, comme si ça ne suffisait pas justement, on doit encore entendre le reste …

Je n’y avais pas été confrontée jusqu’à présent, d’ailleurs j’ai même été épargnée, puis elle est arrivée lors d’un détour, sans prévenir, sous un joli soleil du soir fin Avril. La petite phrase qui tue

Il est 17 h, je suis avec ma fille de 5 ans et demi qui promène son poupon en poussette. Nous habitons un village où, pendant le confinement, il a été plutôt rare de voir une âme qui vive sortir le bout de son nez. Ce jour là, il fait beau et chaud. Ma fille voit une camarade de classe au loin … Ah … Les enfants et la distanciation sociale, oui c’est difficile, mais ils peuvent comprendre … La mienne est à bonne école tous les jours.

Les parents de sa copine, à l’approche, crient à leur enfant : « Ne touches pas G et ses affaires, sa maman est infirmière, on ne sait pas qui elle côtoie et ce qu’elle transporte ! »

Alors là … Je n’ai eu aucune répartie, je l’avoue … Cette phrase m‘a coupé l’herbe sous le pied.
Je suis une adulte, j’encaisse toute la journée des réflexions, une de plus ou moins ne me fait rien, ça va glisser … Mais le bât blesse rapidement, car ma fille tourne la tête et me regarde, le regard rempli de larmes …

Au delà de la question de légitimité de cette phrase … Qui, sommes toutes, pour une personne angoissée, nourrie de « BFM », pourrait avoir ce genre de pensées, à la limite (et, qui met des gants pour aller au supermarché, évidemment ça va avec le personnage) … Est-elle dans l’obligation de le dire à une enfant de 5 ans ?

Que pense un enfant lorsqu’il entend ces propos sur le métier de sa maman ? A-t-il la répartie pour répondre : non, raccourci : « A cause du travail de ma maman, je n’ai plus de copines ! » …
Qui sont donc ces personnes aux pensées ambivalentes, qui applaudissent à 20h mais qui ne veulent pas que leurs enfants côtoient ceux des soignants ? Pourquoi le confinement et le virus ont rendu les gens maladroits, idiots, méchants ?

Comment peut-on passer de l’héroïsme à l’ingratitude ?

On veut bien des soignants quand ils soignent, mais il faudrait peut être pas qu’ils enfantent, ou du moins, que leurs enfants ne soient pas près des autres, y aurait pas un île qui peut les accueillir ?

Les soignants ne sont-ils pas la nouvelle police qui est encensée lorsqu’elle arrête un terroriste et caillassée lorsqu’elle rappelle la loi ?
Mais quelle-est la place de nos enfants dans tout cela ? Comment l’innocence d’un petit peut elle être bafouée de la sorte ?
Quels sont les dégâts que nous devons ENCORE leur faire vivre … N’ont ils pas suffisamment subi pendant ce confinement pour qu’on ne leur ajoute la stigmatisation ?

Mais que va t il se passer le 11/05 à l’école ?
Nos enfants vont ils être séparés des autres, à 12 mètres ?
Les professeurs vont ils agir en adultes responsables et les protéger ?

J’ai tellement d’interrogations, que la réponse est simple, mon enfant ne retournera pas à l’école. Ce n’est pas pour une raison sanitaire, ce confinement doit cesser, surtout dans les régions qui sont peu impactées ; mais je refuse de donner de la matière à la stigmatisation.

Nous sommes de la poudre à canon pendant la pandémie, nous avons dû subir l’impréparation, le cafouillage du Gouvernement, l’absence totale de matériel (nous n’avons d’ailleurs pas répercuté les dépenses sur le prix des soins comme l’alimentaire et les coiffeurs !?), la débrouille, la quasi absence de nos tutelles, les files d’attentes pour un masque à la pharmacie ; ET désormais nous devons accepter que nos enfants soient les souffre-douleurs du système ?

C’est ça notre remerciement ?
Enfant de soignant, c’est être le spam de la cour de récré ?

Dénigrement, discrimination des gens qui prennent soin, qui écoutent, qui supportent, qui sauvent, qui triment et qui transpirent ?

Vraiment, ce confinement n’a rien apporté de bon mise à part la stabilisation du nombre de patients en réanimation (2500) ; et nous sommes 67 000 000 en France : de l’égocentrisme à outrance, de l’irrespect, des médisances sociales, de l’inégalité, de la famine et de la régression sociale …

Bon dé-confinement à tous …

– Un sondage Unidel demande qui est prêt à raccrocher sa blouse = résultats édifiants, mais pas surprenant … Cela va au delà de #nous n’oublierons pas …

*Peut-on rappeler que 8000 enfants meurent de faim chaque jour dans le monde ? Depuis le 17 mars ça fait : 360 000 morts …

5 réponses sur “Semaines 5 & 6 du confinement : les enfants de soignants sont-ils des spams ?”

  1. Bel article qui résume la situation plus ou moins vécue, pour ma part j’ai pris le parti de refuser tout « petit service », sauf personne dépendante vivant seule, car un petit service en entraine un autre.
    je suis en blouse depuis le debout de mon activité et lorsqu’un patient me demande un de ses fameux « petits services » je lui demande pourquoi je viens le voir quotidiennement, « ben vous êtes l’infirmier!! » ben oui donc je ne suis pas l’aide ménagère, ni le vétérinaire pour ablation de points de la chienne qui a été stérilisée la semaine passée, ni le plombier et encore moins l’electricien ». Il est sur que certain de mes collègues le font, cela les regarde pour ma part je n’attends pas de reconnaissance de la part des patients car déjà le respect serait un grand pas.

  2. Tres beau texte. J ai la chance dans mon village que malgré mon travail, ma fille ne soit pas rejetée mais j ai eu peur de ça. Une copine qui travaille en infectieux n a plus de bonjour meme lointain de certians de ses voisins car elle travaille directement en contact du covid. A croire que ca va leur sauter dessus a 10 m.
    Si notre ecole reouvre ma fille y retournera mais je suis malheureuse de voir les conditions d acceuil pr les gamins qui ont déjà bien souffert du confinement. Et j ai peur pour la rentree en sept que les conditions ne soient pas mieux, que ca degoute mon 2 eme qui decouvrira la maternelle.
    Bon courage a votre fille et j espere que vous ne tomberez plus sur des imbeciles.

  3. Bonjour,
    Je suis tout simplement choquée de ce que tu nous racontes !
    Ma collegue a subi la même chose … gros évitement dans la rue de la part d’une mère de l’ecole ou va sa fille..qui étaient avec ses enfants et qui a tracé le plus vite possible en repondant a peine a ma collegue qui lui demandait si elle allait bien..désespérant
    Je suis bien d’accord avec tout ce que tu écris!!
    bon courage à toutes et à tous , il faut sacrément aimer son métier pour supporter tout ca!!
    Virginie

  4. Qu’il est compliqué à exercer ce métier qui est le nôtre.
    J’ai eu la chance d’exercer dans des services où le psychisme du patient était interrogé, où nous interrogions notre relation à lui mais également les échos qu’avaient une prise en charge sur notre propre psychisme.
    Il est souvent difficile de donner du sens à ce que nous faisons, d’autant plus lorsqu’on est seul…
    J’ai eu l’occasion de voir des enfants rejetés et pas seulement des enfants d’infirmiers… trop pauvres, pas assez intelligents, peau qui n’est pas de la même couleur… ça me met en colère mais ça ne suffit pas, il faut dépasser cette colère… en faire quelque chose, en faire une leçon de vie pour cet enfant…l’aider à en sortir grandi
    Bref il est de plus en plus évident que la société ne change pas, ne changera pas et qu’il va falloir nous inventer les moyens d’y survivre…

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