Donnez-moi mes sous !

Que l’on soit infirmier(ère) libéral(e) qui pratique le Tiers Payant ou non, force est de constater que depuis quelques années nous sommes tous confrontés au même problème : les impayés… les mentalités changent et certains patients ne veulent plus nous donner notre dû, les mutuelles nous ignorent et ne nous comptent pas parmi leurs conventionnés même si tout a été fait correctement trois fois…

Ils s’accumulent sur notre logiciel comme des jolies boules de noël scintillantes, on essaye de repousser le problème toujours plus loin et plus fort mais il revient comme un boomerang étoilé lorsque les charges s’accumulent et … ça agace… Je vous rassure de suite : NON, il n’est absolument pas normal de ne pas être payé pour un travail effectué, même une somme minuscule. Lorsque les patients vont chez le chirurgien ce n’est jamais sans leur sésame-chéquier, quand ils vont se chercher un steak ou une baguette, ils payent avant de repartir avec leurs victuailles sous le bras… Pour les soins infirmiers : c’est pareil.

Nos ancêtres à cornettes (sic) nous poursuivent, elles sont notre petit double format Casper : les soins sont donnés de bon cœur avec des gestes humains et réconfortants, des actes pratiqués de manière professionnelle dans les règles de l’art avec une asepsie méticuleuse et rigoureuse – & le pipi du chien dehors au passage quand il fait trop froid, ou la lettre à poster… Nous sommes là pour ça, gratuitement… Puis, quand on voit le trou béant de la sécu qui est imputé aux IDELs, pourquoi devrait-on nous donner des sous ? « Elles ont déjà une grosse voiture avec des pompes à essence rien qu’à elles :

« Essence réservée aux IDELs,
                                   2,50 euros l’IK, servez vous »

Ça doit bien faire plus de 4 ans qu’aucun patient ne m’a demandé : « Combien je vous dois ? ». C’est entré dans les mœurs, un dû, tout simplement, tout comme l’horaire auquel on vous impose d’intervenir, comme si c’était eux qui devaient faire votre planning… Tandis que le médecin généraliste de nos plus anciens vient mensuellement recopier la prescription précédente à l’heure qu’il souhaite, le chéquier est déjà prêt sur la table du salon ; la pharmacienne pour tous ses médicaments vignette fluo, la crème cicatrisante et l’arnica a le droit au porte monnaie vintage vieilli… Et nous ? Quand on doit demander la part TP, nous marmonnons discrètement « Par contre, je ne vais pas pouvoir pratiquer le TP, vous devrez avancez la part mutuelle » et ce, les pommettes rouges, la honte sur nous… Mais qu’on est QUICHES !

Je vous rassure 2nd round : la green card, chère carte vitale, n’est pas un moyen de paiement mais bien un moyen qui facilite les échanges avec les AMO et AMC. Plusieurs cas se profilent pour nos impayés, et quelques solutions existent :

Premièrement, avant les soins, lorsque le RDV est pris par téléphone, anticipez et demandez au patient de préparer ses papiers, son ordonnance, son matériel de soin… un être bien élevé vous annoncera la couleur dès le départ si il y a un problème, que vous règlerez ensemble…

Deuxièmement, lorsque vous arrivez la toute première fois chez votre patient, TP ou non, vous prenez en photo sa carte de mutuelle recto/verso – les numéros se cachent partout-, son attestation vitale, sa date de naissance, son numéro de téléphone, vous enregistrez la CV si elle existe… Vous demandez si les droits sont à jour, surtout pour la mutuelle : elle est éditée pour une année complète et des fois les patients changent de travail ou de statut… vous serez le dernier au courant… par un … RSP rejet… Vous conservez l’ordonnance en la scannant directement. Tout le travail administratif effectué en amont est une perte de temps en moins, en aval. Par ailleurs, si vous trouvez la situation louche dès le début vous pouvez vérifier toutes les infos avant la fin des soins, sans vous retrouver le bec dans l’eau.

 

Cas 1

Le REJET AMO ou AMC… il arrive gaiement sans crier gare… on ne sait jamais à quoi il correspond (!) Le mieux est donc, si vous ne connaissez pas la raison de ce rejet beurk, d’appeler directement l’organisme concerné, de modifier traitements/facture et de la renvoyer ; par biais sécurisé si c’est une AMO ; par biais mail objet « recyclage facture » si c’est une AMC en éditant la copie de la feuille de soin.

Cas 2

Le patient disparaît et sa mutuelle ne pratiquait pas le TP avec les auxm, vous l’aviez portant prévenu qu’il se ferait rembourser à l’aide d’une facture établie par vos soins, oui mais… (…) Certains ont des choses bien plus importantes à faire que de se soucier de combien ils vous doivent, vous n’êtes pas le centre du monde, et s’en vont avant la fin des soins (dommage), ils étaient chez des amis en vacances et sont partis plus tôt (bah tiens !), ont eu une urgence familiale, partent en week-end (au soleil très loin de vous), ou déménagent sans laisser d’adresse (ils sont trop forts et déménagent très vite)… tout est prétexte à ce que vous ne les revoyiez jamais…

Cas 3

Vous avez prévenu le patient dès le départ, il devra payer la part TP et se fera rembourser ensuite. Il le refuse car il a une carte spéciale bancaire qui le fait / une banque mutualiste (mais vous pas de TPE car déjà un lecteur de CV) – « Comment ? Mais c’est inadmissible, vous n’êtes vraiment pas équipé(e) !! » 
Qui (la banque) sur son site internet certifie à tous ses porteurs de cartes qu’ils ne devront plus jamais avancer le TP (??? Magic ! Vous ne le savez pas car nous sommes toujours la dernière roue du carrosse). Donc pour les plus obtus d’entre eux, vous aurez un mal fou à leur faire entendre raison car briser les croyances de certains est du domaine de l’impossible, surtout si c’est le doc ou la banque « qui-a-dit-que » : Malheur…
Cas 2 & 3 = Attention de bien décocher «  part AMC » en télétransmission, sinon le patient sera remboursé de ses soins MAIS PAS VOUS et ne vous donnera pas la part TP reçue même si elle est sur son compte en banque (il y a des gens malhonnêtes, mais oui ça existe)…
Cas 4
Le patient n’a pas de mutuelle, par choix, en général, ils sont bien élevés et vous paye les soins effectués sans broncher car ils assument, en vous demandant pourquoi c’est « si cher le Dimanche », souriez, c’est tout ; n’essayez pas de justifier les soins comptés de moitié, le prix de l’IK en comparaison avec le médecin, d’énumérer ceux qui bossent le Dimanche et que vous vous êtes levé(e) à 6h pendant qu’eux ils glandaient sous la couette, vous allez rester 10 minutes de plus, pour RIEN, ils trouveront toujours ça « trop cher » 8 euros de plus le Dimanche et se fichent pas mal de vos conditions de travail, malgré votre passion à expliquer ce qui n’est pas logique chez les IDELs, préférez un bon repas dominical et familial avant 14h. Un sourire satisfait tout le monde et en plus : c’est gratuit : haha.
Cas 5
Le patient a le droit de refuser d’avancer les soins si il est CMU, ALD, AME… Un étudiant ou un chômeur ne le peut pas, mais nous sommes assez humains et patients (cornettes toujours) pour comprendre qu’il aura du mal, question de budget, nous pouvons donc nous arranger avec ses parents, amis, famille, ou avec un chèque encaissé deux semaines plus tard, le temps du remboursement sur son compte : ne partez pas sans le chèque à la fin des soins non plus…
Donc que faire quand malgré toutes mes précautions : le patient a disparu, je ne le reverrai jamais, je l’ai appelé une fois par semaine pendant trois semaines sans succès ?
MA SOLUTION NUMBER ONE : Je crie fort dans un champs, là où personne ne m’entend, car ça me fais C**** de perdre mon temps avec ces C **** – hyper vulgaire mais efficace pour les nerfs.
1/ J’envoie un courrier de relance
CA n’a pas fonctionné grrr :
2/ J’envoie un courrier de relance avec A/R (oui c’est déjà ce qu’il vous devait… question de principe parfois). Vous notifiez poliment le montant de la créance, vous expliquez qu’éventuellement si des problèmes financiers ont surgit, vous le comprenez et qu’il est possible de s’arranger : vous pouvez proposer une facilité de paiement. Il s’agit de renouer le contact de manière plus douce – même si vous êtes très agacé(e) !!
Toujours rien grrr grrr pfff
3/ Vous saisissez le juge du tribunal de proximité. Il convoquera les parties. Il y aura un petit rappel à la loi, cependant, si la partie adverse ne tient pas les engagements faits par la suite, vous n’aurez rien et c’est tout… Ça ne fonctionnera qu’avec les gens bien élevés, qui ont pignon sur rue, et qui sont solvables.. donc eux, ils vous ont déjà payé à cette étape…
Rien, nada, nothing
4/ Vous remplissez sur servicepublic.fr un formulaire d’ « Injonction de Payer ». Vous l’adressez au tribunal d’instance avec les pièces justificatives nécessaires (créances, ordonnances, factures, preuves d’envoi de pièces amiables…). Le juge rendra une ordonnance. Avec cette ordonnance, vous devrez vous rendre chez un huissier (entre 150 et 300 euros) qui la signifiera chez votre patient : boîte aux lettres, appartement, maison… 2 cas de figures : votre patient fait opposition, l’affaire sera portée au tribunal ; OU, au bout d’un mois si aucune opposition n’est faite, le jugement sera non contestable. C’est le dernier recours que nous avons et il est vraiment contraignant (chronophage + onéreux), il est donc conseillé de nous arranger avant cette étape à l’amiable… sauf si le patient vous doit 6000 euros, là, évidemment…
N’y pensons pas :
5/ Hors budget : la société de recouvrement.
Voici les solutions qui existent pour que nous puissions récupérer les 2,52 euros (brut) que le patient nous doit pour sa vaccination anti-grippale, le même qui est venu au cabinet la semaine dernière en oubliant son porte monnaie au fond de la botte de sa petit-fille, et dont il sait pertinemment que vous ne lui réclamerez jamais, que vous aurez oublié l’année suivante, comme lui… Soyez ferme et correct, éloignez vous des gens malhonnêtes, et mieux vaut perdre un soin que de travailler gratuitement pendant 15 jours ; d’effectuer des pansements de 30 minutes sur des prothèses mammaires esthétiques 100W d’une patiente insatisfaite du résultat, qui partira gémir en vacances à Ibiza sans vous prévenir et vous payer ; qui ne vous rappellera jamais car elle ne connaît plus votre nom, ne sait plus à quoi vous ressemblez blonde ou brune, frisée ou pas, puis elle a perdu son téléphone dans le sable… bref c’est perdu pour la France. Vous aurez perdu du temps, de l’énergie et de l’argent (oh le tabou !)… Bonnes fêtes de fin d’années avec les sous que vous avez gagné…

Vous pouvez me contacter directement sur mon blog: blog de Cécile
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4 réponses sur “Donnez-moi mes sous !”

  1. Excellent,d’accord sur toute la ligne sur ce texte écrit avec beaucoup d’humour….Moi aussi je l’ai lu avec le sourire mais quelle tristesse d’en arriver à ce constat…..

  2. La solution il faut payer d avance
    Un deplacement a domicile plus un bon
    Travail aseptique et dans l art,l ifirmier
    Fait double travail..c est de notre droit de demander un peu plus.

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